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La justice scrutée par les caméras

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(Québec) Munir les policiers de caméras personnelles comme le réclament depuis quelque temps les forces de l’ordre ne réglera en rien les allégations en matière de brutalité policière. Au contraire, cela rendra plus complexe la recherche de la vérité lors d’interventions musclées en plus de poser de sérieuses questions sur le respect des droits et libertés des citoyens.

Jean-François Néron
Le Soleil

(Québec) Munir les policiers de caméras personnelles comme le réclament depuis quelque temps les forces de l’ordre ne réglera en rien les allégations en matière de brutalité policière. Au contraire, cela rendra plus complexe la recherche de la vérité lors d’interventions musclées en plus de poser de sérieuses questions sur le respect des droits et libertés des citoyens.

Stéphane Leman-Langlois n’est pas dupe. Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque sait que les policiers du Québec seront équipés de caméras corporelles d’ici quelques années.

« C’est sûr qu’on s’en va vers là. C’est inévitable, avance-t-il. Nous sommes dans une société qui conçoit les problèmes par des "défauts de surveillance". Il y a un problème de circulation automobile, on met des caméras. Il y a des problèmes avec les sans-abri, avec la foule, on met des caméras », donne pour exemple celui qui enseigne à l’Université Laval.

Demande des policiers

En janvier, Le Soleil annonçait que les syndicats des policiers de la Sûreté du Québec et de la Ville de Québec se montraient favorables à doter leurs membres de caméras personnelles. Avant eux, les policiers de Montréal s’étaient aussi prononcés pour. Les directions des trois services sont en réflexion.

Pour les policiers, ce serait une façon de se protéger contre les allégations de brutalité. Ils en ont marre d’être la cible des téléphones intelligents et de voir apparaître sur le Web des « vidéos tronquées », disent-ils, qui les font mal paraître. De plus, ils citent des études selon lesquelles les caméras auraient un effet apaisant sur le comportement des personnes. « Prudence », avertit le spécialiste.

« Il n’y a pas beaucoup de recherches qui ont été faites là-dessus. Aux États-Unis, la plupart sont menées par l’entreprise Taser, qui fait les fameux pistolets à impulsion électrique, et qui fabrique aussi des caméras corporelles. Son but est de vendre des caméras. Il faut prendre ça avec un grain de sel », signale M. Leman-Langlois.

« Est-ce qu’on a une réalité plus complète d’une situation parce qu’il y a trois téléphones et une caméra corporelle qui filment un événement d’autant d’angles différents ? Non », répond sans hésitation le chercheur.

Fragments de la réalité

« En fait, la réalité est plus fragmentée, poursuit-il. Vous ajoutez à cela le témoignage du gars qui a aperçu quelque chose qui se déroulait hors de l’oeil des caméras et vous ne faites que multiplier les points de vue suggestifs. Ça complexifie la réalité. Une personne réagit selon ce qu’elle voit. Elle pourra toujours dire : "C’est mon point de vue qui est le meilleur." »

« Plus on multiplie les enregistrements, plus on doit se poser des questions sur les entorses aux droits et libertés des citoyens. Des caméras corporelles, ça change toute l’administration de la police et, surtout, les relations entre la police et les citoyens. Ça serait un enregistrement de nos activités sur la voie publique qui serait sans précédent. »

Enfin se pointent les questions légales. Comment le policier choisit ce qu’il enregistre ou pas ? Comment s’assurer que la vidéo constitue une preuve recevable devant le tribunal ? Qui gère les vidéos ? Combien de temps doit-on les conserver ?

« On se lance dans un monde totalement inconnu. Certains sont sûrs que c’est une panacée, mais ce n’est pas si clair que ça. Nous n’avons aucun moyen de savoir ce qui va se passer », conclut M. Leman-Langlois.

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« Big Brother » porte des lunettes

Le service de police de New York s’est procuré deux paires de lunettes Google Glass pour évaluer les applications possibles au travail de ses agents, ont récemment rapportés les médias américains.

Plus qu’une simple caméra, on parle ici de « réalité augmentée ». Les lunettes comportent aussi un seul verre sur lequel peuvent apparaître des informations écrites, des images et des vidéos. L’appareil peut être activé par reconnaissance vocale.

Vastes possibilités

Les possibilités d’utilisation sont évidemment très vastes. Par exemple, le dispositif pourrait fournir aux policiers des informations instantanées sur un individu arrêté ou être utilisé pour enregistrer de l’audio et de la vidéo lors d’une intervention. Et ce n’est plus de la fiction, les lunettes pourraient aussi être branchées à un système de reconnaissance faciale.

Google a déjà mentionné qu’elle ne fournirait pas une telle application. Cependant, trois développeurs indépendants sont à mettre au point un tel système.

Pour la police, ce serait la possibilité d’identifier dans la rue un suspect recherché. Pour le commun des mortels, cela impliquerait, par exemple, de pouvoir accéder à la page Facebook d’une personne croisée dans la rue.

L’un des développeurs désire intégrer les photos de différents sites de rencontres et pouvoir reconnaître, aux États-Unis, les personnes condamnées pour agressions sexuelles grâce au fichier national des délinquants sexuels.

Évidemment, une utilisation possible de ces nouvelles technologies fait naître d’importants problèmes de confidentialité des données personnelles.

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